Capsule de l’abbé Yvon Bilodeau du 1er février

La Parole n’est pas confinée (4)

Nous avons parcouru ensemble les quatre phases de la lectio divina, qui consiste à lire et à relire, mâcher et ruminer, pour parvenir à la prière et à la contemplation et finalement à l’action. La lectio ne vise pas l’érudition mais elle fait goûter et aimer la Parole. « Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur » peut-on dire avec le psalmiste. C’est une expérience où le cœur, blessé par l’épée à deux tranchants de la Parole divine, s’ouvre à la joie et à l’amour. Un Père de l’Église disait : « Comme la trituration des aliments en rend la dégustation agréable, les paroles divines, tournées et retournées dans l’âme, donnent à l’intelligence onction et joie ».

Ne cherchons pas trop vite à appliquer la Parole dans nos vies. Évitons de commenter trop rapidement; nous risquons d’y projeter nos propres idées. Préalablement, laissons la lumière vivante et efficace de la Parole nous impressionner comme une plaque photographique. Accueillons-la avec tout notre être. Mes paroles sont esprit et elles sont vie, dit Jésus; son Évangile n’est pas un simple discours, il est puissance et action de l’Esprit Saint (I Thess. 1,5).

La lectio divina, c’est la Parole qui devient prière. La prière chrétienne naît en effet de la Parole de Dieu et s’en nourrit, pour aboutir à la communion au Christ, à la contemplation. Derrière les paroles du texte sacré affleure l’image du Christ; c’est comme une présence physique. À l’étape de la contemplation, inutile de chercher, de réfléchir : nous sommes en sa Présence. Cueillons plutôt, dans le silence, le fruit de la lectio, i.e. la communion au Christ. C’est pour une alliance avec lui que sa Parole nous est donnée.  La lectio terminée, son fruit se prolonge dans le quotidien de nos vies, car elle n’est pas seulement une école de prière, elle est une école de vie.

Le Christ en action.

Marie, modèle de l’Église qui médite la Parole, ayant accueilli le Verbe fait chairen son sein, se rend avec empressement auprès de sa parente Élisabeth, enceinte d’un enfant dans son vieil âge. Quelle joie, quelle bénédiction la simple salutation de la Viergeapporte à Élisabeth et à son enfant qui tressaille de joie en elle! Le verbe employé ici est le même que pour David qui danse devant l’arche. Marie n’est-elle pas l’arche d’alliance?  Si, à l’exemple de Marie, nous gardons le Parole dans nos cœurs pour la méditer, nos démarches deviendront des visitations, i.e. des sources de joie et de bénédictions, car le Christ, vivant en nous, agira à travers nous, pour la joie de ceux qui nous entourent.

 Yvon Bilodeau, ptre.
« 
Seule la Parole écoutée, accueillie, gardée et méditée peut susciter des prophètes capables de choix libérateurs. »   (Enzo Bianchi, Prier la Parole)